Wenceslas, pourquoi ce challenge ?

Ce défi est un hommage à ceux qui se sont mis à notre service sans rien attendre en retour, à ces hommes venus des lointains qui s’occupent de veiller sur un pays qui n’est pas le leur. En tant que français, je me sentais redevable de quelque chose. Je cherchais un moyen de leur rendre un peu de ce qu’ils donnent, en y mettant, en plus de ce que nous pourrons récolter en dons, de ma sueur, de l’effort, de la douleur, par politesse, par égard vis-à-vis de ces légionnaires qui ont une capacité à encaisser, à se sacrifier par fidélité.

Je voulais aider les légionnaires marqués dans leur chair au service de la France, et qui ont pour seule famille et unique ressource la Légion Etrangère.

Tu as choisi la traversée de la Manche, une épreuve redoutable.

La Manche est l’Everest de la natation ! Tous les nageurs d’eau libre ont un jour eu l’ambition de réaliser ce défi. Je crois cette épreuve à la hauteur de l’engagement que je voulais avoir au profit de la Légion Etrangère. Quelque chose de déraisonnable, où l’on demande de la force, de l’endurance et aussi de l’abnégation. J’ai le sentiment que plus je donnerai de ma personne plus les partenaires s’engageront, et plus les légionnaires seront honorés. C’est un discours qui me donnera de la force au fil des brassées de crawl. Tenir, avancer, ne pas renoncer, pour eux.

 

La distance la plus courte entre l’Angleterre et la France est d’un peu plus de 33km entre Douvres en Angleterre et le cap Gris Nez en France. Mais la traversée de la Manche ne peut pas se faire en ligne droite à cause des courants notamment. Le plus souvent, les nageurs font un parcours en forme de “S”. Ils suivent la marée, remontent la Manche vers le nord, puis à mi-parcours, la marée change et ils redescendent vers le sud.

 

Sur le parcours, je devrai composer avec le trafic maritime, cet axe étant l’un des plus fréquenté au monde avec près de 400 bateaux qui l’empruntent chaque jour. Il s’agira de passer au moins 12 heures dans une eau à 15°C environ au milieu des méduses …

 

Lors de cette traversée, je serai accompagné par un officiel de la Channel Crossing Association qui fournira bateau, guide et assistance. Seront également présents sur ce bateau une équipe en charge du ravitaillement et un nageur qui me servira de « poisson pilote » en nageant avec moi 30 minutes toutes les heures et demie.

 

Cette traversée aura lieu entre le 17 et le 21 juillet 2021 en fonction des conditions météo.


Tu connais parfaitement ce type d’épreuve.

Nageur d’eau libre depuis quelques années maintenant, j’ai participé à de nombreuses courses en Méditerranée mais également dans l’Atlantique au nord du Portugal. En 2018, j’ai réalisé la course de 27km ‘’Batalla de Rande’’, dans la baie de Vigo.

Hors ces épreuves, je poursuis un entraînement régulier dans le bassin olympique du club sportif Lagardère Paris Racing. J’aurai d’ailleurs le plaisir d’y rencontrer le Major Gérald pour une interview sur ma préparation mentale, physique, alimentaire.

 

Tu peux nous parler un peu de toi, de ton lien avec la Légion étrangère ?

J’ai 47 ans, autant dire la force de l’âge, je suis marié et père de 5 enfants. Voilà pour la vie privée ! Professionnellement, je suis diplômé de l’Essec. Ancien avocat, je suis aujourd’hui co-fondateur d’une société de jeux vidéo.

Fils de capitaine au long cours, j’entendais, enfant, mon père évoquer les Légionnaires qu’il avait croisés à l’occasion de leur départ de Diego Suarez pour rejoindre la Guyane sur des bateaux de commerce. Il me parlait alors de cette troupe hétéroclite composée d’hommes qui me paraissaient avoir tous un passé sulfureux, en quête de gloire et d’aventures. Pour moi c’était ça l’armée et pas autre chose. La Légion Etrangère dans mon imaginaire d’enfant c’était la France.

Il y eut ensuite des lectures incontournables, comme le magnifique « Par le sang versé » de Paul Bonnecarrère, ou les livres de Pierre Sergent… des films aussi : ‘’La Légion saute sur Kolwezi’’ ou encore ‘’la 317ème section’’. Ils ont entretenu le mythe du légionnaire ; le mythe de ces hommes à la tête brûlée par le soleil et recouverte d’un couvre-chef blanc immaculé faisant ressortir le mystère de leur vie. Ces soldats dépouillés de tout, orgueilleux et solitaires, des héros désenchantés. 

Puis ce furent ces rencontres personnelles qui m’ont conduit à mieux connaître la Légion. Un oncle ancien officier de Légion, mon frère Saint-Cyrien de la promotion Raffalli, un beau-frère passé au 4e RE et au REC et un ami très proche encore au service de la Légion. Un de mes fils a d’ailleurs fait un stage au sein du 4e RE lorsqu’il était lycéen et doit y retourner l’été prochain dans le cadre du parcours civique de Sciences Po Paris afin de dispenser des cours de français aux engagés volontaires et aider à la préparation des concours de sous-officier.

J’ai découvert au travers de toutes ces rencontres ce qui fait la particularité d’un des plus mythiques corps d’armée de la planète. Mais j’ai été surpris de constater à quel point la Légion est pour les civils une référence en termes de performances physiques et sportives ; amusé aussi de voir qu’elle avait ses propres relais d’influence avec notamment le fameux Major Gérald que j’ai eu le plaisir de rencontrer.

Mais au-delà de l’exigence, de la discipline et du professionnalisme de chacun des membres qui la compose, quelle que soit sa fonction, j’ai été marqué par la fidélité et l’attachement de la Légion étrangère et de ses officiers au légionnaire et de la réciproque de ce sentiment. Sa devise n’est pas vaine et la Légion est bien une famille. A telle enseigne qu’elle n’oublie jamais ceux qui l’ont servie. C’est pour cette raison que j’ai souhaité, dans la mesure de mes moyens, rendre service à une institution pour laquelle j’ai toujours eu une certaine admiration.

Ce défi, je l’espère, contribuera à pouvoir aider au financement la solidarité de la Légion étrangère, son « supplément d’âme ».